Si loin de chez soi
~ La puissance du vêtement n°23 ~
Dans le numéro 23 de La puissance du vêtement, nous nous penchons sur le problème des personnes réfugiées. Le nombre de personnes ayant dû fuir leur pays d'origine a atteint les 100 millions en 2022. Nous suivons des femmes qui ont fui l’Ukraine pour trouver refuge aux Pays-Bas et travailler dans nos magasins pour se construire une nouvelle vie. Nous mettons également en lumière les efforts des équipes européennes d'UNIQLO, qui ont commencé à faire des dons de vêtements dès le cinquième jour de la guerre en Ukraine. Nous remercions les ONG qui nous soutiennent loyalement et ont contribué au succès de ces initiatives.
«J’étais en voyage avec mon fiancé. La veille de notre retour, tout a changé.»
Dariia est née et a grandi à Kiev, en Ukraine, est une grande adepte de films d’animation et de la philosophie. Lors de son voyage en Pologne avec son fiancé, elle n’a pas pu rentrer dans son pays à cause de l’invasion russe.

Dariia Baranovska travaille au magasin UNIQLO Kalverstraat, à Amsterdam. Notre magasin a embauché quatre autres personnes réfugiées en plus de Dariia, dans le cadre de notre programme de soutien aux personnes réfugiées. (en date de juin 2022)
Mon fiancé, Alex, et moi sommes partis en voyage en Pologne le 5 février. Nous sommes restés quelques semaines à Cracovie, l'ancienne capitale du royaume de Pologne. Une ville riche en traditions et en histoire.

Dariia avec son fiancé Alex (gauche)
Nous avions prévu de rentrer le 25 février chez nous. Mais pendant la dernière nuit de notre séjour, Alex m’a réveillé à 5 h du matin, et m’a dit d’une voix très sérieuse : « Nous ne pouvons pas rentrer à Kiev », car la Russie venait d’envahir l’Ukraine.
La banlieue de Kiev, où je suis née et où j'ai grandi, était attaquée. Rien ne pouvait prédire ce qui allait se produire. Nos yeux étaient rivés à la télévision. La population fuyait l’Ukraine en voiture, ce qui avait provoqué un embouteillage de plus de 500 kilomètres qui s'étendait de Kiev jusqu’à la Pologne. Je n’avais jamais rien de pareil.
Je ne comprenais rien à tout ce qui se passait. Et c'est ainsi que nous avons commencé notre nouvelle vie, que nous n'avions jamais imaginée, ou voulue.
Alex n’arrêtait pas de dire qu’il voulait rentrer en Ukraine pour se battre. Mais à force de discussions, nous sommes venus à la conclusion que nous pouvions aussi apporter notre contribution d’ici, en Pologne. La mère d’Alex était à Kiev et s’est lancée sur la route pour nous rejoindre à Cracovie en voiture et s’installer avec nous pour quelque temps. »

Limmen se trouve à environ 2 000 km de Kiev, par voie terrestre.
Louer une maison aux Pays-Bas
La vie a fait que j’ai dû abandonner mon doctorat pour commencer à travailler dans la production et la post-production de films. Ensuite, j’ai travaillé au service à la clientèle d’Amazon. C’était ce que je faisais en Ukraine, avant de ne plus pouvoir y retourner. Alex, lui, travaillait dans une agence de publicité et a pu continuer à travailler à distance.
La mère d'Alex a mis 15 heures pour nous rejoindre en Pologne. Alors que nous cherchions un endroit où vivre, elle a reçu un message d'une amie proche qui lui a dit qu'une de ses connaissances aux Pays-Bas louait un appartement sur Airbnb. L'appartement était libre, et ils nous ont proposé de nous y installer gratuitement. Cela nous a sauvé la vie.
Nous avons donc quitté la Pologne pour nous rendre encore plus à l'ouest, traversé l'Allemagne, puis les Pays-Bas, avant d'arriver à Limmen, au nord d'Amsterdam.
La maison était très bien située, au milieu d'une campagne magnifique. Nous nous sommes installés ici tous les trois, Alex, sa mère et moi. C'est un endroit où nous ne serions probablement jamais venus s'il n'y avait pas eu la guerre, puisque Limmen, se trouve à près de deux mille kilomètres de Kiev.
Le fait d'avoir trouvé cette maison a été très important pour nous, mais comme Alex et moi avons dû nous rendre ici directement après notre voyage, nous n'avions que quelques vêtements d'hiver, et sa mère avait apporté que le strict minimum. Nous avons pratiquement dû repartir de zéro.
Dès que nous avons entendu parler de la boutique de bienfaisance dans le quartier voisin, nous nous y sommes précipités. Nous avons pu obtenir gratuitement beaucoup de choses dont nous avions besoin pour la maison. Cela nous a beaucoup aidés.
La plupart des réfugiés ukrainiens sont des femmes et des enfants. Le magasin proposait toutes sortes d'articles pour les nourrissons et les jeunes enfants, y compris des jouets. Nous avons été très touchés par la gentillesse, la sagesse et la bienveillance des gens d'ici.
Après avoir visité le magasin à plusieurs reprises, quelqu’un nous a demandé : « Avez-vous besoin de vélos? ». Presque tous nos voisins utilisent des vélos pour se déplacer. C’est un excellent moyen de faire la route entre la gare et la maison. « Si vous en avez en trop, on les prend! », leur avons-nous répondu, et en moins d’une semaine, deux vélos sont apparus. Je n’en croyais pas mes yeux.
Nous ne faisions pas de vélo à Kiev, alors au début nous avons fait quelques tours dans le quartier pour nous entraîner, mais très vite, nous pédalions jusqu'à la gare. Le quartier où nous habitons est assez rural, c'est très agréable de faire du vélo ici. Ça permet de se vider la tête.
Le local qui abrite la boutique de bienfaisance a été ouvert par une femme russe qui vit aux Pays-Bas depuis quinze ans. Ce n'est pas seulement une boutique d'occasion. Elle propose également des cours d'anglais, car tout le monde parle cette langue ici. C'est un peu comme un centre d'entre-aide où les réfugiés peuvent trouver des réponses à toutes leurs questions.
Films d'animation et philosophie existentialiste

Les livres précieux de Dariia. L’histoire de l’animation (en haut) rapportée de son voyage en Pologne, et une Introduction à la philosophie héritée de sa mère.
Pendant mes études, j’ai fait une formation en économie. J’ai toujours adoré le cinéma, donc j’ai décidé d’effectuer quelques recherches sur la réorganisation structurelle d’une chaîne de cinémas à Kiev. Je fréquentais ces cinémas depuis ma tendre enfance. Certes, l’âge d’or du cinéma est derrière nous, mais je tenais à contribuer d’une manière ou d’une autre à faire en sorte que les futures générations puissent voir un film sur le grand écran.
J’adore les romances classiques comme l’adaptation d’Orgueil et Préjugés de Jane Austen. Mais je suis aussi une grande adepte de films d’animation, que ce soient les classiques de Disney ou les nouveautés de Pixar ou de Miyazaki. J’avais sept ans quand Le Voyage de Chihiro est sorti au cinéma en Ukraine.
Pendant mon doctorat en économie, j’ai suivi des cours de philosophie et d’anglais, en plus de mes cours plus spécialisés. C’est comme ça que je me suis retrouvée captivée par la philosophie. Au cours de la même période, ma mère m’a donné un de ses livres préférés sur ce sujet. Ce livre m’a menée à m’intéresser à l’athéisme de Diderot et l’existentialisme de Sartre. Il m’a tellement inspirée que j’ai failli changer de domaine d’études.

Une photo de Dariia, jeune, avec sa mère au Jardin botanique national de Kiev, et du collier de sa mère avec un pendentif affichant les armoiries de l’Ukraine.
À la recherche d’un environnement de travail interactif
Je voulais rendre ce qui m’avait été donné, j’ai donc trouvé des moyens d'aider l'équipe de la boutique. Très vite, je m’occupais des entrées et du triage des dons, et je faisais le ménage. Cela me donnait l’impression d'appartenir à la communauté.
J’ai bientôt entendu dire que le magasin UNIQLO d’Amsterdam mettait un point d’honneur à embaucher des personnes réfugiées. J’y étais allée pour m’acheter un manteau en duvet ultra léger, et j’avais bien aimé l’atmosphère du magasin. J’avais vraiment envie de communiquer directement avec la clientèle dans un environnement commercial.
En restant à la maison, le risque d’être obsédée par le sort de nos êtres chers restés en Ukraine est trop grand. Toutes nos pensées sont dirigées vers l’Ukraine et la guerre, notre inquiétude face à notre avenir. Mais les interactions avec la clientèle m’a permis de ne pas me refermer sur moi-même. J’ai compris que j’avais besoin de passer du temps dans un environnement comme celui-ci.
Tout se passe très bien. Je travaille en magasin, j’aide la clientèle. J’adore travailler avec mes collègues, on s’amuse beaucoup. C’est le poste parfait pour moi.
Amsterdam est une ville très multiculturelle. Au moins la moitié de la population vient de l’étranger. Les membres de l'équipe et la clientèle viennent des quatre coins du monde, chacun avec sa vision des choses. C’est extrêmement intéressant.
En travaillant quotidiennement avec le public, j’entraîne mon cerveau à cette gymnastique mentale. La question « Est-ce que cet article va me tenir chaud en hiver? » a une dimension différente selon que le client vient de Norvège ou d’Espagne. Je dois adapter ma réponse en conséquence. J’ai pris l’habitude de répondre en tenant compte du contexte, par exemple : « Cet article ne sera peut-être pas suffisant seul si les températures tombent en dessous de zéro ». La diversité qu'on retrouve à Amsterdam m’a beaucoup appris!
Rentrer un jour en Ukraine

Le pré aux moutons est un endroit paisible où se promener. Dariia porte le pendentif en souvenir de sa mère.
Mon accent et mon intonation quand je parle anglais intriguent les gens, qui me demandent souvent d’où je viens. L’intonation en ukrainien est plus douce qu’en russe. Certaines personnes lui trouvent des similarités avec l’italien. Mais une fois, un client m’a dit : « Votre accent est plus fort que ce que j’imaginais pour une Ukrainienne ». Je parle aussi bien l’ukrainien que le russe, donc je me suis demandé si le russe avait influencé ma manière de parler anglais. C’est le genre de choses que l’on peut découvrir uniquement en travaillant directement avec le public. Cela vaut vraiment le coup!
Un jour, j’aimerais bien rentrer en Ukraine. Alex a vraiment mal vécu le fait d’être loin de son pays. Mais en réalité, nous ne sommes pas près de rentrer chez nous.
Lorsqu’une guerre éclate, retrouver la paix peut s'avérer un long et difficile processus. De nombreuses vies seront perdues... Je n’en étais pas consciente, mais j’ai appris que la paix n’était pas si facile à restaurer. Mais nous n’abandonnerons pas, et nous n’oublierons pas notre terre natale. C’est ce qui nous anime.
UNIQLO apporte son aide en collaborant avec des ONG et en créant des circuits de solidarité humanitaire dans ses magasins physiques et en ligne.
Maria Samoto le Dous (Directrice, service de la durabilité pour l'Europe et la Russie)

« Cinq jours après le début des combats, UNIQLO a livré 50 000 articles en Pologne », explique Maria.
Le conflit a commencé un jeudi. Au début de la semaine suivante, nos boîtes de réception explosaient de messages de la part de personnes nous offrant leur aide.
Étant donné que la majorité des personnes réfugiées ukrainiennes sont des femmes, des enfants et des personnes âgées, et que la température en Pologne était glaciale, il fallait leur donner des vêtements chauds.
Nous avons contacté Goods for Good, l’un de nos partenaires de longue date, et leur avons envoyé des articles d’hiver depuis nos entrepôts. Grâce à leur aide, près de 50 000 articles ont été envoyés en Pologne.
C’était notre plus grande collaboration d’urgence depuis la guerre civile syrienne. À l’époque, je vivais en Allemagne et j’ai pu voir l’accueil de 1,2 million de réfugiées en Allemagne pendant la première année.
Cela m'a appris que les dons de vêtements et les opportunités d'emploi aux personnes déplacées ne sont possibles que lorsque vous obtenez de l'aide de bénévoles locaux ainsi que d'ONG et d'organisations telles que le HCR.
Tout en continuant à fournir une aide en vêtements, nous avons pu employer des réfugiés ukrainiens. En deux mois, une vingtaine d'Ukrainiens ont été embauchés.
Vers une compréhension interculturelle
Lors du recrutement de notre personnel, nous appliquons une politique de tolérance zéro en matière de discrimination, y compris en ce qui concerne la nationalité ou l'origine. Ce que j'ai appris de mon expérience jusqu'à présent, c'est que si une équipe diversifiée peut favoriser le respect mutuel, cela permet non seulement d'améliorer le travail d'équipe, mais aussi le fonctionnement du magasin et la qualité du service.
Pour y parvenir, nous avons besoin de favoriser la compréhension interculturelle. Sans reconnaître les différences de croyances et de modes de vie, le moindre geste peut être mal interprété. Par exemple, dans certaines régions d'Afrique, il est considéré comme impoli de regarder un enseignant ou un supérieur dans les yeux. Vous pouvez imaginer les malentendus que cela peut entraîner. L'Ukraine a beaucoup en commun avec le reste de l'Europe, mais nous essayons toujours d'en apprendre davantage sur ce qui rend une culture unique.
Créer des cadres pour offrir de l'aide

Nous découpons les étiquettes pour éviter que les articles ne soient revendus.
Parallèlement à nos dons de vêtements, nous avons commencé à faire des dons d'argent. Cela a commencé par un programme de collecte de fonds interne, avant d'inclure notre clientèle.
Nous avons également mis en place des dispositifs pour collecter les dons dans nos magasins. Les achats donnent toujours lieu à des montants fractionnés. Nous avons créé un système permettant à la clientèle de faire un don de quelques sous, ou même d'arrondir la somme de leur achat lors du paiement. Nous avons ainsi pu recueillir 100 000 euros auprès de plus de 30 000 membres de la clientèle. Le fait d'ajouter un don à la caisse réduit les obstacles et facilite l'implication du public.
En réponse à la situation de crise en Ukraine, notre attention se concentre sur les problèmes rencontrés par les personnes réfugiées. Toutefois, ces problèmes ne sont pas seulement rencontrés par les Ukrainiens, mais on retrouve les mêmes en Afghanistan, en Syrie, au Soudan, au Myanmar… la situation empire et s’enlise à chaque coin du monde. Afin de renforcer nos systèmes de soutien aux personnes déplacées, nous devons abandonner les programmes fragmentés au profit de mesures engageantes et durables qui permettent à chacun d'aider plus facilement.
«Apporter une aide vitale à ceux qui en ont le plus besoin, c’est tout ce qui importe.»
Rosalind Bluestone (fondatrice et directrice générale de Goods for Good)

Il y a huit ans, après 12 ans à travailler dans une association au Royaume-Uni, Rosalind a lancé sa propre ONG qui apporte aujourd’hui une aide humanitaire dans plus de 25 pays.
Goods for Good est une ONG qui apporte une aide essentielle aux personnes et aux communautés vulnérables à travers le monde. Nous avons visité leur siège social au Royaume-Uni, dans la banlieue de Londres, afin d'en savoir plus sur leur mission.
Le siège de Goods for Good se trouve dans un quartier résidentiel de Watford, au nord-ouest de Londres. La mission de l’ONG est de fournir les provisions nécessaires dans les régions affectées par la pauvreté et les catastrophes naturelles, et aux personnes ayant perdu leur toit en raison d’un conflit armé.
L'expression « aide humanitaire » fait penser aux images du grand séisme qui a frappé l'est du Japon en 2011. Pour le Japon, cet événement a été une leçon sur l'importance d'étiqueter les boîtes en carton. Les zones sinistrées ont reçu un nombre impressionnant de boîtes provenant du monde entier qui contenaient de la nourriture, de l'eau, des médicaments et des vêtements. Comme beaucoup d'entre elles n'étaient pas étiquetées clairement, les boîtes s'empilaient dans les gymnases des écoles, où des bénévoles triaient ce qui était utilisable de ce qui ne l'était pas.
160 nounours pour 160 orphelins
D’après Rosalind Bluestone, directrice et fondatrice de Goods for Good, « le principe de base de nos actions est simple. Envoyer des provisions essentielles aux personnes qui en ont le plus besoin. Notre travail consiste à comprendre qui a le plus besoin de quoi. Si vous envoyez des articles que les gens ne peuvent pas utiliser, ceux-ci se transformeront en déchets et l’énergie déployée pour les envoyer sera gâchée, au détriment de l’environnement. Dans tous les cas, si vous envoyez un colis au contenu mystérieux, sans étiquette, vous compliquez la tâche des bénévoles qui les trient et les distribuent. »
Le siège de Goods for Good n'est pas très grand. Comme il abritait autrefois une entreprise de matériaux de construction, le bâtiment dispose d'un petit entrepôt sur place. Il conserve un inventaire modeste, mais où se trouvait le point de départ des 50 000 articles donnés par UNIQLO pour expédier en Pologne?
« Nous disposons de deux entrepôts dans le nord de l'Angleterre et d'un autre aux Pays-Bas. Les vêtements UNIQLO sont arrivés à l'entrepôt néerlandais sur 109 palettes. Chaque palette contenait 18 immenses boîtes en carton. De là, elles ont été acheminées vers la Pologne, de la manière la plus rapide possible. »
Le jour de notre visite au siège de Goods for Good, l'équipe s'affairait à préparer une nouvelle expédition de vêtements pour enfants d'UNIQLO. Il fallait notamment découper les étiquettes pour empêcher la revente et charger un camion à destination du Pays de Galles, où des centaines de réfugiés ukrainiens ont été accueillis. Tout ce travail est effectué par des bénévoles. Un homme discret au sourire chaleureux chargeait des boîtes dans un camion.
« Le Royaume-Uni s'apprête à accueillir 160 enfants rendus orphelins par la guerre en Ukraine. Ils auront bien sûr besoin de vêtements, mais pour aller plus loin, nous avons demandé à un grand magasin emblématique avec lequel nous collaborons régulièrement s'il accepterait de fournir 160 ours en peluche. Et bien sûr, près du double de cette quantité est arrivée peu de temps après. »
Nous pouvons les aider à survivre au froid et à la faim. Mais nous n’avons aucun moyen de remplacer leurs proches perdus. Malgré tout, un ours en peluche est exactement de la bonne taille pour être serré dans les bras d’un enfant. Cela va plus loin qu’une aide physique. Rosalind va au-delà. Un autre exemple serait l’envoi de cartes SIM pour les téléphones portables.
« Il n'y a pas si longtemps, ces objets n'existaient pas, mais aujourd'hui, ils font partie des choses à emporter si vous voulez traverser une frontière. Nous en avons reçu 8 500 gratuitement de la part d'une entreprise de télécommunications. Les Ukrainiens à qui nous les avons distribués étaient ravis. »

Quelques cartes SIM de 20 Go.
Le principal défi : le financement
La Moldavie, qui accueille également des réfugiés ukrainiens, est considérée comme le « pays le plus pauvre » de l'Europe. Goods for Good a également apporté une aide humanitaire à la population moldave.
Nous avons demandé à Goods for Good ce dont l'organisation avait le plus besoin actuellement.
« Le plus grand défi pour nous, cela reste le financement. Avec un nombre croissant de personnes dans le besoin à cause de la pauvreté, des catastrophes naturelles et des conflits armés, le nombre de régions où nous devons envoyer de l’aide augmente aussi et nous force à devoir agrandir nos entrepôts. Nous sommes une association émergente avec des fonds limités, nous ne pouvons pas répondre aux demandes d’aide urgente de plus en plus nombreuses.
Grâce à l’aide de nos partenaires, nous avons réussi à arriver jusqu’ici… mais notre situation n’est rien face à celle vécue par les personnes qui attendent notre soutien. »

Le jour de notre visite, des bénévoles du Pays de Galles étaient venus chercher des vêtements pour enfants chez UNIQLO. Le personnel d'UNIQLO a mis la main à la pâte pour assurer le bon déroulement de la distribution des articles.
Changer notre avenir grâce à la puissance du vêtement

Total des vêtements distribués : 58,97 millions d’articles dans 81 pays et régions (fin août 2024)
En tant que fabricant de vêtements, un bien essentiel au quotidien, UNIQLO fait tout son possible pour utiliser à bien le pouvoir de cette ressource. Pour livrer des vêtements à ceux qui en ont le plus besoin, nous demandons à notre clientèle de faire don des articles qu’elle n’utilise plus aux personnes réfugiées, et aux populations vulnérables dans les pays et régions où se situent nos magasins.
Plus de cent millions de personnes ont été contraintes de fuir leur foyer à travers le monde.
Ritsu Nacken / Représentante en chef adjointe de l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) au Japon (Juin 2022)

Après avoir étudié à l’Université Catholique Internationale (ICU), Ritsu Nacken a travaillé pour des ONG avant d’obtenir un master en management d’organisations publiques/à but non lucratif à la New School. Depuis, elle a travaillé pendant 20 ans dans de nombreuses agences des Nations Unies aux îles Fiji, en Italie, en Éthiopie, au Vietnam et au Sri Lanka. Ritsu Nacken a pris son poste actuel en 2021. (Juin 2022)
Plus d’un million de personnes ont perdu leur foyer en raison de conflits violents et de persécution. Au cours des 20 dernières années, le nombre de personnes réfugiées a monté en flèche. Malgré cela, au lieu d’avancer vers des solutions, la situation à laquelle les personnes réfugiées font face ne fait qu’empirer.
Les causes spécifiques de ces augmentations varient, mais si l'on considère la situation dans son ensemble, les populations de pays tels que l'Afghanistan, la Syrie, l'Éthiopie et le Venezuela, entre autres, sont en difficulté depuis de nombreuses années et leurs besoins ne cessent de croître. À cela s'ajoute le fait que le changement climatique continuera d'aggraver leur situation.
Une autre préoccupation est que des valeurs telles que « la paix » et « les droits de la personne », autrefois considérées comme universelles, perdent pied dans un nombre croissant de sociétés, mettant en danger les personnes vulnérables , notamment les femmes et les enfants, qui sont contraints de fuir.
Ces facteurs interreliés ont déstabilisé notre monde, compliquant et prolongeant la situation des personnes réfugiées. Les efforts au niveau international peinent à garder le rythme et à réduire le nombre de personnes réfugiées. Voici la situation critique dans laquelle nous nous trouvons.
Le rôle essentiel des communautés, des entreprises et des populations locales.
Chaque pays doit bien sûr élaborer ses propres politiques en matière de soutien aux personnes réfugiées. Cependant, ce qui rend la tâche difficile, les efforts déployés séparément peuvent nous empêcher de progresser vers des solutions réellement durables. Pour reconstruire leur vie, les personnes déplacées ont besoin de la coopération et de la compréhension de la communauté, des entreprises et des habitants locaux. Elles doivent se sentir intégrées et acceptées par la communauté qui les accueille.
L'un des rôles cruciaux du HCR consiste à créer des processus pour appuyer l'aide aux réfugiés, ou à coordonner les mesures pour soutenir les personnes déplacées. Tout d'abord, nous envoyons rapidement des équipes et mettons en place des abris d'urgence et des centres d'accueil, afin que les personnes aient un endroit où loger. Ensuite, nous distribuons des articles de première nécessité pour qu'elles puissent se sentir chez soi. Nous fournissons également une aide financière pour couvrir les dépenses quotidiennes. Ces programmes sont coordonnés avec plus de 140 organisations humanitaires et s'appuient sur le savoir-faire et sur l'expérience des ONG et des bénévoles qui ont leurs racines dans la culture locale.
Notre mission la plus importante et de garder un œil attentif sur les risques de trafic d’humains et d’exploitation sexuelle. De concert avec nos partenaires, nous pouvons accompagner les enfants traumatisés par les conflits ou violentés, mettre en place des espaces privés pour allaiter, et proposer notre aide pour s’occuper des enfants en situation de handicap.
Un pays lointain, moins éloigné qu'il n'y paraît.
De nombreuses entreprises apportent une aide humanitaire par l'entremise de dons de vêtements, ou de meubles. UNIQLO a répondu à l'appel en livrant rapidement des vêtements chauds, indispensables pendant les premiers mois glacials. En plus de verser plus de 1,1 milliard de yens, UNIQLO a mis en place un système permettant à sa clientèle de faire des dons, ce qui a permis d'assurer un soutien continu. Les besoins des réfugiés pouvant changer à tout moment, ces dons contribuent à maintenir un système d'aide flexible.
La crise en Ukraine a mis en lumière comme jamais auparavant la situation des personnes déplacées. Nous espérons que cela incitera les gens à soutenir les efforts d'aide aux réfugiés, non seulement en Ukraine, mais aussi dans tous les pays du monde. La question des réfugiés n'est pas un problème lointain qui concerne un pays lointain. Nous devons tous trouver des moyens de soutenir les personnes qui ont été contraintes de fuir.